Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Guirlande de vieux films (Avril/4)

 

Le lit à colonnes, Roland Tual, 1942

Un directeur de prison se fait passer pour un compositeur en s'appropriant l'oeuvre d'un prisonnier. Roland Tual débute à la réalisation avec Le lit à colonnes, en 1942, mais il connait bien le cinéma côté production et a déjà travaillé, entre autres, avec Renoir, Grémillon et Malraux. Il ne tournera cependant qu'un autre film de fiction et un documentaire. Le lit à colonnes se distingue par la qualité de son scénario, une adaptation d'un Louise de Vilmorin par Charles Spaak avec l'intervention de Cocteau, et par l'excellence de son interprétation avec en premier lieu Fernand Ledoux et ensuite Marais, Tissier, Larquey, Marchal, Odette Joyeux, Mia Parély et Michèle Alfa. Très beau casting pour un film à l'ambiance romantique et mélancolique, qui devient de plus en plus noire à mesure que le récit avance. Une histoire où l'imposture et l'injustice prennent cruellement l'avantage comme des symboles de l'époque douloureuse à laquelle le film est tourné. Celui-ci mériterait bien de sortir de l'oubli, il le mérite.

 

Blondine, Henri Mahé, 1945

Fille d'un pauvre pêcheur, Blondine épouse le prince de la Montagne mais fait tomber ce dernier par maladresse aux mains d'un ogre. Tourné en 1943, mais seulement sorti en mai 1945, Blondine fait partie de la vague fantastique du cinéma français sous l'Occupation. Dans un créneau bien particulier, celui de la féérie, orchestrée par le peintre Henri Mahé, dont ce fut le seul film en tant que réalisateur. Avec ses décors peints, Blondine est une vraie curiosité, rappelant visuellement Croisières sidérales, tourné un an plus tôt par André Zwobada avec des décors de ... Henri Mahé. L'intrigue est celle d'un conte de fées mais bien entendu les effets spéciaux sont assez rudimentaires. Plus gênant, l'interprétation frise le grotesque y compris celles des seuls acteurs connus, le presque débutant Georges Marchal et Piéral.

 

Le Comte de Monte-Cristo, première époque, Robert Vernay, 1943

Emprisonné au Château d'If suite à une dénonciation calomnieuse, Edmond Dantès y reste de longues années avant de s'évader avec une seule idée en tête : la vengeance. La meilleure version du roman de Dumas ? Il faudrait les avoir toutes vues. Divisée en deux époques et sortie à un mois d'intervalle au début de 1943, celle de Robert Vernay n'est sans doute pas la plus fidèle mais elle en restitue l'esprit et ne souffre d'aucun temps mort dans sa première partie. Pierre Richard-Wilm joue ici une victime romantique avec une belle prestance mais se fait voler la vedette par Marcel Herrrand et Aimé Clariond. Déception pour Michèle Alfa dont le rôle n'est guère valorisée Le film excelle par ses dialogues et un excellent découpage même si on aurait pu espérer une mise en scène plus audacieuse. Quoi qu'il en soit, à la fin de la première époque, comme en 1943, on est fort impatient de découvrir la suite.

 

Le Comte de Monte-Cristo, deuxième époque, Robert Vernay, 1943

Après s'être échappé du Château d'If, Edmond Dantès est de retour à Paris sous le nom du Comte de Monte-Cristo. Sa vengeance peut s'accomplir. Pourquoi cette légère déception dans la suite des aventures de Monte-Cristo ? Sans doute parce que notre homme est devenu froid et clinique et le film l'est de la même façon, tout entier tendu vers une revanche pour solde de tout comte (sic). Il y a un côté mécanique et un peu trop bien réglé dans ce deuxième segment qui s'accompagne d'une mise en scène d'un classicisme un peu fade. Contrairement à la première partie, l'interprétation de Richard-Wilm domine largement celles de ses camarades mais il est vrai qu'il a le beau rôle, si l'on ose dire. Pas tout à fait satisfait du résultat, Robert Vernay remettra le couvert avec Monte-Cristo en 1953 avec Jean Marais dans le rôle titre.

 

La collection Ménard, Bernard Roland, 1944

Une jeune indochinoise arrive à Paris pour retrouver son père français, dont elle sait uniquement qu'il s'appelle Paul Ménard. Denrée rare dans le cinéma de l'Occupation qu'un film dont l'actrice principale, Foun-Sen est franco-asiatique, dont ce fut d'ailleurs le seul première rôle. Elle ne se défend pas si mal face à des monstres sacrés tels que Le Vigan, Tissier ou Larquey, qui font leur petit tour et puis s'en vont. Car il s'agit en effet d'une sorte de film à sketches qui entend insuffler un peu de poésie et de fantaisie dans une période si sombre. Mais il n'y a hélas pas suffisamment de talent dans le scénario, les dialogues ou la mise en scène (Bernard Roland) pour y parvenir. Et Lucien Baroux, qui porte le film sur ses épaules avec Foun-Sen est bien agaçant par ses minauderies. Il y eut un assez grand nombre de mauvais films tournés entre 1940 et 1944 et La collection Ménard est assurément un exemple très représentatif.

 



26/04/2019
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